COVID-19

COVID-19 : PRIVILÉGIER LE DIALOGUE AVEC LES COMMUNAUTÉS

Au vu de l’évolution particulière de la pandémie dans notre pays et plusieurs autres états africains, à savoir, ce hiatus flagrant entre le faible niveau des statistiques gouvernementales et la spirale meurtrière du COVID-19 constatée sous d’autres cieux, il ne fait pas de doute, que la bataille contre le coronavirus sera, ici plus qu’ailleurs, une bataille de longue haleine.

Il est difficile, dans l’état actuel des choses, de mesurer l’impact réel des mesures gouvernementales tirées du plan de contingence multisectoriel de lutte contre le COVID-19 et du programme dit de résilience économique et sociale sur les résultats présentés lors des points de presse quotidiens du Ministère en charge de la santé. 

Les efforts des pouvoirs publics auront, tout de même, permis la disparition des cas importés, ce qui a marqué la fin de la première phase de lutte contre la pandémie, durant laquelle, la nature de l’épidémie et son ampleur inédite nécessitaient une approche « top-down » et l’implication directe des plus hautes autorités nationales. 

Jusque-là, un style de management directif avait été privilégié pour venir à bout de cette calamité incommensurable. Nous n’en voulons pour preuve que cette loi d’habilitation votée pour un président  déjà très puissant, ayant réussi, toutes ces années, à domestiquer aussi bien le Législatif que le Judiciaire.

Il est bon de rappeler que c’est à l’occasion d’une autre catastrophe, à savoir les attentats du 11 septembre 2001, qu’une loi dénommée Patriot Act avait été votée, qui avait énormément fait reculer les libertés individuelles aux USA.

De fait, on continue d’observer, malgré le semblant de consensus national, qui avait pu transparaitre des innombrables audiences au palais de la république,  une certaine propension à l’autoritarisme illustrée par l’implication abusive des forces de défense et de sécurité dans la gestion de la pandémie (couvre-feu, distribution de vivres…).

Il s’y ajoute que, dans notre pays, des préoccupations électoralistes ou liées à un clientélisme politicien semblent guider les agissements de notre élite nationale, comme ces opérations marketing, à l’occasion de leurs souscriptions au fonds FORCE-COVID. Ce caractère politicien et folklorique se retrouve aussi dans ces effigies de personnalités politiques apposées sur des T-shirts ou des étiquettes de flacons de gel hydro-alcoolique voire sur des affiches géantes … 

Au vu de l’apparition récente des cas communautaires dans notre pays, ce qui marque une nouvelle phase dans le combat contre le COVID-19, il est temps de changer de paradigme, car de l’avis même de certaines personnalités du MSAS, la guerre ne fait que commencer.

En effet, si la situation épidémiologique se détériorait dans le sens d’une démultiplication des cas et de l’apparition de plusieurs cas graves, il faudrait cesser de vouloir confiner les populations dans la passivité et miser plutôt sur le dialogue avec les communautés.

Lesquelles devront, en effet, être davantage impliquées dans la prise de décision. Il s’agira de passer de nos vieilles habitudes de délégation de pouvoir à la responsabilisation pleine et entière des communautés, qui devront s’approprier des méthodes de prévention et les adapter à leur vécu quotidien.

Il s’agira, donc, d’évaluer, en premier lieu, le niveau de connaissances de la nouvelle maladie par les communautés et de mieux cerner leurs besoins et croyances (focus group, enquêtes CAP…) pour pouvoir adapter les messages. 

Les modalités de transfert des malades suspects, la question délicate des sépultures surtout – mais pas seulement – pour les membres de la diaspora (comme ce fut le cas avec Ébola), la problématique de la perception de la maladie et des itinéraires thérapeutiques (place de la médecine traditionnelle) sont autant de thématiques, qui gagneront en importance, au cas non souhaité, où l’épidémie prendrait de plus en plus d’ampleur.

Il ne faudrait pas sous-estimer le suivi-évaluation des engagements des pouvoirs publics concernant les mesures sociales (dégrèvements fiscaux, distribution de vivres, subventions, mesures anti-licenciement…), et le respect des normes de bonne gouvernance.

Une approche démocratique s’avère d’autant plus nécessaire dans la lutte contre ce défi inédit que constitue la pandémie au COVID-19 que nous constatons, chaque jour, qu’aucun gouvernement, ni aucune institution supranationale ne semble détenir le monopole de la vérité. Sans compter que plus la crise sanitaire va perdurer, plus les difficultés économiques vont engendrer des troubles sociaux, au risque de remettre en cause notre commun vouloir de vie commune.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com