LES ECURIES DU GLADIATEUR.

Make noise ! C’est le cri, peut-être codé, lancé par un dictateur déchu après une révolution de palais. Mais il n’y eut point de bruit parce qu’une révolution de palais ça ne fait pas de bruit. Elle intervient opportunément pour remplacer une pièce usée par une autre et permettre au système de survivre. La mobilisation populaire n’a pas permis l’exécution du plan d’une révolution de palais qui semblait pourtant en gestation à Ndoumbélaan. C’et le peuple qui a chassé son dictateur parce qu’il en avait marre. Marre des scandales à répétition, de l’arrogance, des brutalités policières, des injustices aussi. Pourtant, malgré les alertes très avisées de spécialistes, Goorgorlu était loin de s’imaginer que toute cette politique de terreur n’avait pour but que de faire taire les critiques afin de dépecer méthodiquement le pays. Le Gladiateur est un filou rusé capable de faire prendre des lucioles pour des lanternes. Il a entretenu au moins deux leurres à l’attention des patriotes sur ses traces. – L’audit de la cour des comptes a révélé que l’Occident et particulièrement la France, n’était au plus qu’un charognard se délectant des restes du carnage économique et financier du pays par le Gladiateur et son régime. Aujourd’hui, la certitude citoyenne qui plaçait l’Occident au rang de carnassier malgré un lourd passif, mérite donc d’être révisée. – En invoquant de virtuelles « forces organisées » vite assimilées aux forces spéciales (bien réelles) sous ses ordres, susceptibles de prendre le pouvoir par la force, le Gladiateur avait déplacé l’attention des démocrates sur ses capacités à mettre en péril la transition pacifique du pouvoir. Les efforts populaires ont donc été concentrés pour l’empêcher de pratiquer la politique de la terre brulée. Goorgorlu n’a pas eu le temps de savourer sa victoire, douché par l’audit de la cour des comptes. Si le Gladiateur n’a pas réussi à bruler le pays, il a infecté et infesté tous les secteurs vitaux, laissant un cancer économique au stade de métastase. Le carnage national ne pouvant pas être justifié par des arguments, il faut donc faire du bruit. Make noise !!! Mais faire du bruit suffira-t-il pour enrôler une armée capable de garantir l’impunité des prédateurs ? Ce n’est certainement pas l’avis de ce célèbre chroniqueur qui ne cesse de dire : « Suul gaz du ko teree xeen ». Leçons d’histoire. La victoire de la révolution cubaine sur le dictateur Batista a été ressentie comme une menace sur les intérêts américains dans le monde. Non seulement les USA ont mis un « cordon sanitaire » autour de l’ile jugée très contagieuse, mais aussi pris la ferme résolution d’empêcher par tous les moyens une seconde révolution sur le continent. Les expériences malheureuses connues et moins connues étouffées dans l’œuf ou brisées par des répressions sanglantes sont assez éloquentes pour prouver que l’Oncle Sam ne faisait pas que proférer des menaces. La fin héroïque du Che dans la jungle de Bolivie, la mise en place de dictatures civiles et militaires à travers le continent latino-américain prouve que l’acceptation de la démocratie ne signifie pas la digestion de la volonté de souveraineté des états. Dans un monde polarisé idéologiquement et politiquement, la lutte armée s’était imposée comme la seule alternative de libération des peuples. C’est pourtant dans ce contexte que Salvador Allende avait réussi à imposer l’alternance et la révolution démocratique… sans tirer un seul coup de feu. Comme au Chili en 1970, Ndoumbélan a réussi sa révolution démocratique sans tirer un seul coup de feu. Cette passation du pouvoir démocratique a été saluée et même magnifiée à côté des coups d’état souvent progressistes mais jugés non conformes aux normes occidentales de transmission de pouvoir. Mais ces approbations diplomatiques ne doivent pas nous faire perde de vue que l’Occident a plus besoin d’un pays stable fournisseur de matières premières (fut-il une dictature), que d’une démocratie souveraine. Comme le chili de Salvador Allende, de Cuba, du Venezuela de Hugo Chavez, ou du Burkina de Thomas Sankara, Ndoumbélan pose déjà ou encore, un problème à l’Occident. Ici, il n’y a eu ni coup d’état, ni triomphe de guérilla armée de kalachnikov. Une opposition républicaine a respecté et imposé tous les critères de l’Occident pour accéder démocratiquement au pouvoir, malgré un lourd tribut. Notons tout de même que la volonté souverainiste des vainqueurs fait de Ndombélaan un malus dans l’empire néocolonial mais également un exemple susceptible de faire tache d’huile. Or, le capitalisme ne peut survivre sans une exploitation endogène ou exogène. Et une exploitation endogène des ressources se heurte à des limites objectives : – Un déficit de ressources humaines et matérielles nécessaires au bon fonctionnement de la mécanique de production capitaliste qu’il faut aller chercher au-delà des frontières des états. – La remise en cause par les masses laborieuses exploitées du mode d’existence qui menace la stabilité des empires. C’est pourquoi d’ailleurs, le capitalisme a évolué naturellement vers son stade suprême : l’impérialisme. Au cours de l’histoire, la nécessité d’un espace vital où puiser des ressources s’est fait sentir. Le choix du vieux continent a été la création de vaste empires coloniaux. Le capitalisme américain à la différence du vieux continent, a longtemps survécu grâce à ses immenses ressources naturelles et ses ressources humaines (les esclaves), sans pour autant verser dans la création de colonies au sens classique du terme. Avec l’abolition de l’esclavage et l’évolution des droits civiques, l’Oncle Sam va tenter de faire de l’Amérique latine une nouvelle forme de colonies, en tout cas, le jardin où trouver les ressources nécessaires à son économie. Mais c’était sans compter avec la volonté de souveraineté et d’indépendances des peuples. Les défis potentiels face aux forces du changement. L’image d’une armée blanche qui s’opposerait à une armée rouge qualifierait mal la nature des duels potentiels à Ndoumbélaan. Il y a pourtant bien en face du camp du changement, un clan de repus confortablement installés sur leur butin confisqué à la nation qui appelle à la résistance…contre la justice, pour jouir des produits de leurs larcins. S’il n’a manifestement pas les moyens humains et idéologiques d’une confrontation, il ne manque pas d’alliés, conscients et inconscients, objectifs et subjectifs à mobiliser pour parvenir à leurs fins. Certes, On ne s’attend pas à une invasion musclée de parachutistes français venus sauver leurs greniers comme à Kolwezi, ni à une opération de commandos de GIs pour chasser « leur dictateur » et assoir leur mainmise sur le canal de Panama. Mais des forces sur lesquelles s’appuyer pour déstabiliser Ndoumbélaan ne manquent pas. Et elles ne sont pas uniquement toujours là où on les attend. Elles peuvent revêtir l’image passive de la gauche bolivienne qui a laissé l’impérialisme américain faire, pour exprimer son désaccord stratégique avec les méthodes du Che, ou des revendications matérielles des syndicalistes chiliens et particulièrement les fameux camionneurs qui avaient paralysé le pays après le triomphe de la gauche. On ne peut pas passer sous silence ce jeune officier congolais au-dessus de tout soupçon qui a fait assassiner l’idole africaine Patrice Lumumba avant de devenir le dictateur le plus sanguinaire du continent. C’est aussi un « ami » qui a brisé des rêves au pays des hommes intègres en assassinant une autre étoile Thomas Sankara…. pour « rectifier la révolution ». On ne saurait pourtant demander aux forces vives de renoncer à leurs aspirations. Mais il est tout autant important qu’elles prennent la mesure des enjeux actuels et futurs. Le nettoyage des écuries du Gladiateur prendra forcément du temps. Ses douze années de règne, c’est douze couches de mensonges, de sang, de sueur, de larmes et de vies humaines qu’aucun audit ne parviendra à déterminer l’ampleur. On ne peut pas les effacer de notre histoire comme on le ferait d’une faute sur un tableau d’écolier, ni le constater et faire comme si de rien n’était. Il y a donc à craindre que les conséquences de son règne mettent le feu à Ndoumbélaan longtemps après sa chute et que le Gladiateur parvienne enfin à accomplir son ultime désir : laisser le pays à feu et à sang. A bon entendeur….

Les chroniques de Bandia, Février 2025.


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